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Tchad : Adoption de conventions locales de partage des ressources naturelles
Le projet de soutien à la cohésion sociale et la cohabitation pacifique dans le sud du Tchad (LAPIA), financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Coginta, accompagne les communautés des cantons de Koskobo et Danamadji – situés dans les départements de Lac Iro et Grande Sido, province du Moyen-Chari – dans l’élaboration et la formalisation de conventions locales d’accès aux ressources naturelles.
Les conflits dans les provinces du Moyen-Chari, du Mandoul et du Logone Oriental sont dévastateurs. Une étude sur la conflictualité réalisée au démarrage du projet LAPIA recensait 320 morts dans les trois provinces du Moyen-Chari, du Mandoul et du Logone Oriental entre 2022 et 2025. Mais l’étude révélait des schémas récurrents qui, d’une certaine manière, rendent ces conflits prévisibles et donc évitables. En particulier, le partage des ressources naturelles, comme l’eau et la terre entre communautés d’éleveurs et d’agriculteurs, joue souvent un rôle déclencheur de conflits.
Dès son démarrage, fin 2024, le projet LAPIA a accompagné la redynamisation de comités mixtes inclusifs de dialogue et de prévention des conflits, chargés d’intervenir lors de tensions et d’escarmouche afin de désamorcer les crises naissantes. Des actions de sensibilisation de grande envergure sont également menées, particulièrement en saison de transhumance, et ont déjà permis de renouer des contacts entre certaines communautés d’agriculteurs et d’éleveurs. En parallèle, une pièce majeure de cet arsenal préventif est également progressivement mise en place : l’élaboration de conventions locales de partage des ressources naturelles.
Considérées comme des outils de référence communautaires, ces conventions encadrent de manière concertée l’utilisation des ressources naturelles, la protection des espaces sensibles et la prévention des conflits. Les premières conventions locales viennent d’être signées, les 27 et 28 août dernier, par les communautés des cantons de Koskobo et Danamadji – après un long processus impliquant l’ensemble des parties prenantes – sous l’égide des autorités locales, coutumières et traditionnelles.
En effet, la lenteur est de rigueur dans la négociation de ces conventions, pour assurer l’adhésion sincère de toutes les populations et autorités concernées. Dans le cas des deux cantons, le processus a débuté en mars 2025 par une première démarche auprès des autorités administratives et traditionnelles, notamment les préfets et chefs de canton, afin de solliciter leur soutien et garantir le bon déroulement de l’action.
Dès juillet 2025, plusieurs journées d’information ont été organisées, avec le concours des autorités des cantons et villages concernés, pour expliquer les avantages de disposer de conventions locales encadrant la gestion et l’accès équitable aux ressources naturelles, présentées comme des mécanismes de prévention des conflits. Les communautés, par l’intermédiaire de leurs leaders et chefs traditionnels, ont participé à des réunions d’identification des ressources et des conventions ou des accords déjà existants. Cet inventaire a révélé un engouement certain pour la négociation de conventions : trois couloirs de transhumance traversent le canton de Koskobo et sont régulièrement le théâtre de tensions, tandis que l’absence de délimitation claire d’un espace consacré aux rites spirituels soulève lui, dans le canton de Danamadji, d’importants problèmes tant avec les éleveurs que les agriculteurs.
Au vu des ressources limitées du projet LAPIA, un processus participatif a permis de définir deux priorités dans chaque canton : la première concernant le tracé négocié d’accès aux pâturages et aux points d’eau sur une distance de quinze kilomètres dans l’un, la seconde portant sur la protection et la gestion concertée des forêts sacrées dans l’autre. Le chef de canton de Koskobo, M. Nibissi Tadjongo, confirme l’importance de ces conventions : « Nous avons de sérieux problèmes avec nos frères les éleveurs – surtout sur les couloirs de transhumance et les pistes de pâturage – donc nous accueillons à deux mains l’idée des conventions locales sur les ressources naturelles. Nous prions pour que le projet LAPIA aille jusqu’au bout, pour qu’il puisse nous aider à résoudre définitivement ces problèmes ».
Une étape clé, en décembre 2025, a consisté en la collecte des coordonnées GPS des ressources naturelles identifiées, une avancée technologique facilitant leur localisation. Dans les deux cantons, deux guides ont été désignés par les chefs de canton – un agriculteur et un éleveur pour le tracé négocié, et deux initiés pour la forêt sacrée – afin d’accompagner l’équipe projet pour parcourir à pied les sites faisant l’objet de négociations. Les bénéficiaires ont ensuite donné officiellement leur consentement pour le démarrage des négociations à travers la signature de procès-verbaux. Cette démarche visait à limiter les incompréhensions, souvent sources de tensions, et d’éviter toute contestation ultérieure.
À partir de février 2026, des ateliers d’élaboration avec les communautés concernées ont permis de définir les règles de gestion partagée. En juin, des Comités Villageois de Surveillance (CVS) ont été mis en place pour assurer le contrôle local sur le respect des termes des conventions. Dans le canton de Koskobo, le tracé négocié a également été soumis à la validation de la Délégation provinciale de l’aménagement du territoire du Moyen-Chari, à travers une descente sur le terrain le même mois. Enfin, les conventions ont été rédigées par l’équipe du projet LAPIA, puis soumises en juillet à plusieurs séances de relecture et de validation rassemblant les représentants communautaires.
La signature officielle des conventions, fin août 2026, marque un pas décisif vers une gestion durable et harmonieuse des ressources naturelles au bénéfice de tous. Ces conventions vont maintenant être paraphées par les autorités administratives (préfets et sous-préfets) pour consolider encore leur autorité. De leur côté, les communautés locales concernées ont exprimé leur engagement à poursuivre la vulgarisation du contenu de ces conventions, considérées comme un levier important pour la paix locale, la cohésion sociale et le développement durable. Neuf autres conventions sont encore en cours de négociation avec l’appui du projet LAPIA, dans les provinces du Moyen-Chari, du Mandoul et du Logone Oriental.


