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16-10-2026

Tchad : Le pari réussi d’un comité mixte et inclusif de dialogue et de prévention des conflits

Le comité mixte et inclusif de dialogue, de prévention et de transformation des conflits du canton Bouna, dans la région du Mandoul au sud du Tchad, a fort à faire. La situation climatique défavorable pour les éleveurs et les agriculteurs au cours de l’année 2025 a bouleversé les habitudes de partage des terres. Des inondations ont obligé les éleveurs à chercher des zones alternatives de pâturage, tandis que les agriculteurs cherchaient eux aussi d’autres zones non inondées pour la culture pluviale.

La hauteur des plantes dans les champs cultivés attire naturellement les animaux en quête d’un bon pâturage. Parfois même, les rôles des agriculteurs et des éleveurs s’inversent, témoignant de la complexité de ces conflits. En septembre 2025, dans le quartier de Nyiminigué 2, les bœufs d’un agriculteur ont dévasté le champ de sorgho d’un éleveur d’un ferrick – terme qui désigne un campement de pasteurs nomades ou d’éleveurs – à proximité. Les bouviers qui conduisaient les animaux se sont mis eux aussi à voler du maïs. Cette dévastation allait dégénérer en un conflit sanglant, n’eut été l’intervention du comité.

En effet, entre juillet et septembre 2025, le comité a été sollicité à de nombreuses reprises par des propriétaires de champs ou des chefs de village. Ses membres se rendent dans un premier temps sur les lieux pour faire un constat et évaluer les dégâts, puis procèdent à des auditions séparées avec les parties en conflit afin d’étudier les possibilités d’une médiation. Au besoin, le comité mobilise d’autres personnes ressources, telles que les chefs de ferricks, les chefs de village, le chef de canton, les sous-préfets ou les forces de défense et de sécurité : le comité est parfois amené à solliciter leur intervention si des litiges dépassent les capacités du comité. Mais le plus souvent, les conflits sont gérés à l’amiable, en présence du comité, du chef de ferrik et du chef de village.

Ainsi, en 2025, malgré une situation difficile, l’action rapide du comité a permis d’éviter des incidents majeurs. Le comité de Bouna fait partie des 18 comités qui ont été appuyés et redynamisés, depuis novembre 2024, par le projet de soutien à la cohésion sociale et la cohabitation pacifique dans le sud du Tchad (LAPIA), mis en œuvre dans les provinces du Logone-Oriental, du Mandoul et du Moyen-Chari par Coginta et ses partenaires RESAP-MC, Caritas Goré, ARED et CRASH, avec le soutien de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de structures nouvelles créées par le projet, mais d’organisations à base communautaires préexistantes.

Le démarrage du projet LAPIA a donc été l’occasion de réaliser un bilan de son action. Une assemblée générale de redynamisation du comité a été convoquée en avril 2025, qui a permis de préciser des critères d’éligibilité renforçant le principe de parité, notamment entre éleveurs et agriculteurs, hommes et femmes, jeunes et aînés, et d’assurer une large représentativité confessionnelle (pasteur-imam-prêtre). Ces leaders religieux sont aujourd’hui conseillers d’office du Comité, au même titre que l’entité des défenseurs de droit de l’Homme.

Le comité de Bouna compte actuellement quatre femmes. Celles-ci jouent un rôle important dans la prévention des conflits vu leur implication dans la vie familiale, économique et commerciale de la communauté. Elles font notamment des sensibilisations de proximité lorsqu’elles se retrouvent en communautés de femmes, lors de déplacements vers les marchés hebdomadaires ou vers les points d’eau.

Cependant, le travail du comité n’est pas facile. Dans le canton Bouna, comme ailleurs dans la province, les éleveurs impliqués dans les conflits ne sont pas originaires de la zone. Les échanges avec eux sont difficiles, même lorsque l’un ou l’autre des membres du comité parle leur langue, et encore plus lorsque ce n’est pas le cas. Le Comité fait alors recours aux chefs des communautés qui peuvent se trouver dans un canton voisin. La participation des éleveurs au travail du comité, souvent des résidents des ferricks à proximité du chef-lieu du canton, est également très importante. Une difficulté particulière se pose lorsque les transhumants sont des adolescents qui ne sont pas eux-mêmes propriétaires des animaux : difficile parfois de contacter les véritables propriétaires des bœufs pour permettre un règlement à l’amiable des différends. Dans de tels cas, le comité transfère l’affaire aux autorités compétentes.

La saison de transhumance 2026 est actuellement en cours. Cette année, les craintes sont liées à l’arrivée précoce des troupeaux transhumants dans les provinces, avant la fin des récoltes, souvent à l’origine de dégâts dans les champs et de conflits entre agriculteurs et éleveurs. Par une circulaire émise fin septembre, le gouvernement a instruit les autorités administratives et traditionnelles locales de prendre les dispositions nécessaires afin de prévenir les conflits et garantir le respect du calendrier agricole ainsi que des couloirs de passage, énonçant un certain nombre de recommandations spécifiques.

La circulaire mentionne explicitement les comités locaux mixtes de gestion des conflits, appelés à jouer un rôle central dans la prévention et le règlement des différends. C’est une belle reconnaissance du travail essentiel que ces comités effectuent au quotidien afin d’éviter des escalades de violence.