Projet Rép. centrafricaine

Projet d’appui à la Cour Pénale Spéciale en République centrafricaine (ACPES)

Rép. centrafricaine

Objectif général

Améliorer la justice et l’État de droit en République centrafricaine.

Budget

€ 4 200 000

Durée

37 mois

Période d’exécution

Octobre 2025 – Octobre 2028

Source de
Financement

Union européenne

Contexte

La Cour pénale spéciale (CPS) de République centrafricaine (RCA) a été créée dans un contexte de violences massives, d’effondrement des institutions et d’impunité chronique. Entre 2003 et 2013, le pays a connu des crises politico-militaires répétées, marquées par coups d’État, rebellions armées et exactions, avec l’émergence de nombreux groupes armés non étatiques. La crise de 2012-2013, incluant l’offensive de la coalition Séléka et la contre-insurrection des milices anti-Balaka, a déclenché une spirale de violences intercommunautaires, donnant lieu à des crimes de guerre, crimes contre l’humanité et violations graves des droits humains, documentés par des enquêtes onusiennes.

La faiblesse du système judiciaire national rendait impossible la poursuite autonome de ces crimes, et l’intervention de la Cour pénale internationale (CPI) restait limitée à quelques affaires emblématiques. Face à ce vide juridique, les autorités centrafricaines, avec le soutien de la société civile et des partenaires internationaux, ont opté pour une juridiction hybride, combinant droit national et composantes internationales, visant à accélérer les procédures, garantir l’indépendance des magistrats et restaurer la confiance de la population dans la justice. La loi organique n°15.003 du 3 juin 2015 a institué la CPS, compétente pour enquêter, instruire et juger les violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises depuis le 1er janvier 2003, notamment les crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Son mandat, initialement de cinq ans, a été renouvelé en janvier 2023 pour cinq années supplémentaires.

Opérationnelle depuis 2018, la CPS a constitué un parquet spécialisé, recruté magistrats et officiers de police judiciaire, ouvert des enquêtes et organisé ses premières audiences. À ce jour, 28 affaires sont en instruction, 4 procès publics ont eu lieu et 14 accusés ont été jugés, avec un taux de condamnation de 92 %. Cependant, la Cour reste confrontée à des défis majeurs : sous-financement chronique, capacités limitées du Greffe, manque d’indépendance opérationnelle, rareté des compétences spécialisées et faible intégration avec le système judiciaire national. Le retrait du soutien financier américain en mai 2025 menace enfin la continuité des enquêtes et du fonctionnement quotidien de la Cour.

L’action proposée vise à renforcer autant que possible les capacités judiciaires, administratives, budgétaires et stratégiques de la CPS, dans un contexte de fragilité persistante des financements internationaux, en complément du soutien de l’ONU. Cette intervention s’inscrit dans le programme « Renforcement de l’État de droit et de la justice pour les citoyens centrafricains », en cohérence avec les priorités de l’Union européenne en matière de justice transitionnelle dans les contextes post-conflit. Elle entend consolider les acquis de la CPS et contribuer à une justice efficace et durable pour les citoyens centrafricains.

Activités prévues

  • Renforcer les capacités opérationnelles du Greffe pour appuyer efficacement la tenue des audiences de la chambre d’assises, assurer la documentation des procès, la gestion sécurisée des archives et la diffusion institutionnelle de l’information.
  •  Appuyer la Présidence dans la conception et la mise en œuvre d’une stratégie de transfert progressif des dossiers vers les juridictions nationales.
  •  Appuyer les capacités opérationnelles et stratégiques du Parquet spécial pour finaliser les enquêtes prioritaires, orienter les dossiers en instance et préparer le transfert ou le classement des affaires restantes.
  •  Soutenir la Chambre d’instruction dans l’achèvement des dossiers en cours jugés prioritaires au regard du calendrier judiciaire de la CPS.
  •  Appuyer la Chambre d’accusation dans le traitement des dossiers instruits et leur transmission conforme à la Chambre d’assises.
  • Faciliter la tenue régulière des procès devant les sections d’assises et mettre en place un mécanisme transitoire de financement partiel des réparations civiles ordonnées par la Cour.
  • Garantir l’accès effectif aux voies de recours pour les personnes condamnées, en appuyant le fonctionnement de la Chambre d’appel.

Objectif spécifique

  • Rendre plus efficace le processus de justice transitionnelle.

Résultats à atteindre

  • Les capacités de gestion administrative et financière de la CPS sont renforcées.
  • Les capacités et les moyens de la CPS pour conduire des enquêtes et organiser des audiences sont renforcées.

Ce projet répond à l’objectif de développement durable n°16, Paix, justice et institutions efficaces : Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et inclusives aux fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces, responsables et ouvertes à tous.